Se trouver pour la première fois à 49 ans Par Josée Durocher

Par Josée Durocher
- Autiste à plein temps -
SE TROUVER POUR LA PREMIÈRE FOIS À 49 ANS PAR JOSÉE DUROCHER

« Je suis Asperger. » C’est une si courte phrase quand on y pense, mais elle revêt un symbole de liberté, dans mon cas, qui n’est certes pas négligeable ! « Je suis Asperger » est la phrase qui vient expliquer toute ma vie jusqu’à ce jour et qui me permet de respirer à pleins poumons aujourd’hui.


C’est que, toute ma vie, j’ai été à la recherche de qui j’étais réellement. Ne pouvant pas tout à fait imiter la masse, je passais souvent pour une personne très « originale ». J’étais la femme étrange qui ne pouvait pas se mêler au groupe, la mystérieuse qui parlait peu, la très timide qui devenait nerveuse à la moindre question qu’on lui posait, la « sauvage » qui répondait souvent sèchement. Et moi, pendant ce temps, tout ce que je tentais de faire, c’était de survivre.


Mais je m’expliquais très mal pourquoi j’agissais et je réagissais ainsi. J’ai fini par croire tout ce qu’on racontait à mon sujet ou tout ce qu’on osait me lancer en pleine figure !


« Tu n’es pas fine! », m’a dit un jour une patronne qui aimait bien me prendre pour son souffre-douleur. Elle m’affirmait cela en faisant référence aux choses qu’elle me disait de répéter aux autres. « Tu lui diras ceci ou cela… », me disait-elle. Et moi, je m’exécutais à la perfection ! Je disais ce qu’elle me disait de dire et j’aurais dû savoir, deviner, que je devais broder de la dentelle à son tissu de méchancetés !


À 49 ANS, L’EXPLICATION

Pourtant, comme une bouée de sauvetage qu’on attrape avant la mort, j’ai reçu un diagnostic tardif d’Asperger à 49 ans. Le soulagement que j’ai ressenti a été tel que c’était comme si je respirais pour la première fois !


Et quand je parle de mort, c’est peu dire. Car, six mois avant le diagnostic, j’avais des idées suicidaires. Heureusement pour moi, quelqu’un est venu à mon aide. Heureusement.


Mais le diagnostic tombé, tout a littéralement changé. Je me suis vue pour la première fois et j’ai aussi revu toutes ces fois où l’on m’accusait d’être de mauvaise foi ou encore de manquer de finesse, comme décrit plus haut. J’ai pensé à ces moments de tristesse où je me disais que je n’étais pas une bonne personne… Et le diagnostic est arrivé !


Du coup, plus de place dans ma vie pour le jugement des autres, ni pour le mien. Et plus de culpabilité nocive, il va sans dire, à propos de tous ces comportements qui sont miens, ces idées que j’exprime et cette logique qui m’appartient.


« Je suis autiste Asperger. » Voilà ma vérité, ma réalité. Et plutôt que de voir ce diagnostic comme une vulnérabilité, je le vois comme une force. Une très grande force. Car, savoir enfin qui on est nous rend tellement plus beaux, tellement plus vivants et oui, tellement plus fort!


J’ai reçu ce cadeau merveilleux à 49 ans et j’en suis plus que reconnaissante, car depuis qu’on me l’a donné, je fais tout pour rencontrer des gens ayant une réalité semblable à la mienne. Je suis donc désormais entourée de personnes formidables qui sont différentes, certes, mais dont les différences ressemblent aux miennes.


JE ME MÊLE AUX AUTRES ET JAMAIS JE NE MANQUE DE DENTELLE PUISQUE NOUS « TRICOTONS » TOUS PAS MAL DE LA MÊME MANIÈRE

Ensemble, nous échangeons souvent. Le bien que cela me fait est incomparable. Enfin, des gens qui ont les mêmes problématiques que moi ou les mêmes préférences ! Enfin, je fais partie d’un groupe et mon besoin d’appartenance est hautement satisfait.


EN CONCLUSION

J’ai toujours « dérangé » les autres. Je le ressentais au plus profond de mes tripes. Maintenant, j’enseigne aux autres et ils trouvent ça beaucoup moins dérangeant. Bien sûr, je ferai peut-être de moins bonnes rencontres au fil du temps, mais au moins, je sais qui je suis, moi. Et si le diagnostic apporte une différence notoire dans ma vie, c’est bien celle-là !