Syndrome prémenstruel et autisme par Geneviève Verreault

Par Geneviève Verreault
- Autiste à plein temps -
SYNDROME PRÉMENSTRUEL ET AUTISME PAR GENEVIÈVE VERREAULT

Je veux vous parler pour cette première chronique d’un sujet qui touche les filles et peut-être les hommes qui les côtoient. Je vais vous jaser du syndrome prémenstruel et de ses répercussions sur l’autisme.

  

Le syndrome prémenstruel, qu’est-ce que c’est ? Ce sont des symptômes physiques et psychologiques que certaines femmes ressentent environ une semaine avant le déclenchement de leurs menstruations. Ils sont dus à une fluctuation de leurs hormones. Le syndrome prémenstruel se manifeste par une baisse d’énergie, une sensation de fatigue. Les femmes peuvent se sentir légèrement déprimées, amorphes. Elles se sentent souvent plus irritables et causent malgré elles du trouble à leur entourage. Elles peuvent avoir les seins douloureux. Elles se sentent souvent gonflées au niveau du ventre, peuvent ressentir des ballonnements et souffrir de constipation. Il est possible que les femmes touchées souffrent de crampes abdominales, de maux de dos et de tête. Il est possible aussi de ressentir des douleurs musculaires et une baisse du désir sexuel. Le syndrome prémenstruel peut s’accompagner de trouble du sommeil, de fringales d’aliments salés ou sucrés. Il disparaît généralement lors du déclenchement des menstruations ou dans les jours qui suivent.


Je fais partie des femmes dont les symptômes peuvent gêner les activités quotidiennes. Quand je vis un syndrome prémenstruel, mon autisme est plus difficile à supporter et je crains d’être dérangeante pour les gens que j’aime. Souvent, je suis très irritable et soupe au lait. Je prends encore plus qu’à l’habitude tout au pied de la lettre. J’appréhende ces quelques jours. J’ai remarqué au fil des années que l’intensité de mes symptômes liés à l’autisme augmente quand je suis en syndrome prémenstruel. Quand je vis un SPM, j’ai peu d’énergie. Je me sens déprimée, triste… Je ressens les émotions très intensément. Je suis un livre ouvert et le filtre disparaît complètement en SPM. Si je me sens déçue ou blessée, j’ai de la difficulté à retenir mes larmes. Je suis aussi très directe quand j’ai quelque chose à dire. Les émotions se bousculent dans ma tête, je n’arrive pas à prendre du recul et je blesse des gens. Mon anxiété est décuplée durant ces quelques jours. Le moindre petit stress est plus difficile à supporter et la peur de mal réagir quand je suis en situation sociale augmente encore ma nervosité. Je me sens souvent gonflée et courbaturée pendant ces quelques jours qui s’accompagnent aussi parfois de légères crampes abdominales. Ces symptômes physiques ne m’aident pas à mettre de l’ordre dans mes émotions.


Ma sensibilité au bruit est exacerbée quand je vis un syndrome prémenstruel. Je me sens envahie par le bruit rapidement surtout quand plusieurs voix bourdonnent autour de moi. Habituellement, la lumière ne me dérange pas, mais il arrive qu’en SPM elle m’agace.


Souvent, j’ai le goût de m’isoler quand je vis un SPM, mais ce n’est pas toujours faisable. Mes capitaines au curling n’aimeraient pas que je leur dise que je ne viens pas jouer car je vis un syndrome prémenstruel difficile. En plus, l’activité physique aide à combattre les effets du SPM. Donc, les jours précédant mes menstruations, j’essaie de bouger le plus possible. De la fonte des neiges jusqu’à ce qu’elles reviennent en novembre ou décembre, quand j’ai des activités en ville, lorsque je vis un SPM, je me déplace le plus souvent possible à bicyclette. Je prends le risque de me faire arroser par des gouttes de pluie. Ça atténue mes symptômes. Une belle promenade en patins à roues alignées, jouer au curling, faire des longueurs dans ma piscine, me défouler sur le vélo stationnaire me font du bien aussi.


J’essaie durant ces quelques jours d’éviter les sources de stress. Si je peux reporter un appel téléphonique qui me rend nerveuse, une demande que j’ai à faire, une activité stressante, je le fais. Mais je ne le peux pas toujours. Je vais dans ces quelques jours privilégier le courriel ou le texto si je dois discuter avec quelqu’un et lui faire une demande qui ne peut pas attendre. Par écrit, je peux plus facilement prendre du recul, juger mes mots et faire passer mon message en évitant le trop plein d’émotions. Si je reçois une réponse négative ou qui ne fait pas mon affaire, mon ordinateur ne me reprochera pas de pleurer devant lui ou d’exprimer un sentiment de colère. Il m’arrive de devoir faire du social en vivant un syndrome prémenstruel. Je me tiens tranquille, je me fais discrète le plus possible. Je me tiens avec les gens avec qui je me sens très à l’aise et qui, je le sais, ne me jugeront pas. Après une partie de curling, les joueurs des deux équipes qui se sont affrontées s’assoient ensemble et jasent en prenant une consommation. Lorsque je vis un SPM, je suis plus silencieuse que d’habitude. J’écoute plus que je parle en dégustant ma limonade. J’essaie d’éviter les sujets qui sont sensibles pour moi et qui pourraient me faire rentrer dans un tourbillon d’émotions. Je m’offre aussi des petits plaisirs qui me remontent le moral et qui m’aident à traverser mon syndrome prémenstruel. Et un beau jour, mes menstruations commencent et je retrouve mon énergie et je croque à nouveau dans la vie. Sur ce, je vous laisse et vous souhaite un printemps joyeux et rempli d’activités agréables.