Marie Josée Cordeau

Josée Durocher

Elle est auteure et blogueuse depuis de nombreuses années. Elle s’intéresse d’abord à l’autisme lorsque que son fils est diagnostiqué Asperger. En janvier 2019, elle obtient également son diagnostic. Son blog : www.editionsacoupdeplume.com



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Les inquiétudes palpables par Josée Durocher

Par Josée Durocher
- Autiste à plein temps -
LES INQUIÉTUDES PALPABLES PAR JOSÉE DUROCHER

Dans ma famille, c’est connu, on est anxieux. Ce qui était moins connu, c’était l’Asperger qui m’habite depuis toujours et qui rend les choses plus difficilement gérables. Anxieuse, moi?


Toute ma vie a été faite de peurs et d’inquiétudes. Plus jeune, c’est une grande part de la construction de ma personnalité qui s’est bâtie sous le joug de la peur… ma peur. Plus tard, comme si je n’étais pas suffisamment inquiète pour moi-même, vinrent mes enfants et leurs multiples petits bobos.


Mais, récemment, depuis que j’ai pris de l’âge, je me rends compte que, malheureusement, je suis encore plus anxieuse qu’avant. Comme si le temps qui passait ne m’avait rien appris, comme si le temps qui passait se répétait sans fin !


« Arrête de t’en faire pour des riens! », qu’on me répète sans cesse. Ou « Tu t’en fais absolument pour rien! », qu’on m’affirme lorsque je fais part aux autres de mes nombreux scénarios catastrophe. Mais nul ne sait véritablement ce qui se trame dans mon esprit puisque je n’ai jamais osé dire tout haut ce qui me fait peur tout bas.


J’ai peur, constamment, j’ai peur. Peur du temps qu’il fera puisque les allergies, lors de la belle saison, peuvent me paraître complètement suffocantes. Peur qu’il y ait foule (lire trop de gens) dans la salle d’attente lors de ma prochaine consultation médicale. Peur du noir. Peur de trop de lumière éclatante. Peur des étrangers. Peur de prendre la parole au moment inopportun ou peur de prendre la parole tout court!


Peur qu’on veuille me faire la bise. Peur qu’on ne veuille pas me la faire. Peur des bruits trop forts, peur que l’évier ne coule goutte à goutte. Peur d’être malade et de devoir être hospitalisée. Peur de la colère des autres. Peur de ma colère. Peur des crises de panique, donc peur de perdre le contrôle.


J’ai peur de tellement de choses et tellement de choses me rendent inconfortable! Peur d’attraper des microbes et de les passer à d’autres. Peur des poignées de mains qui serrent trop fort. Peur d’acheter des vêtements qui ne me font pas comme il faut, mais peur de les essayer dans les cabines d’essayage.


Peur de la nouveauté! Peur qu’on me dise de sortir de ma zone de confort et peur de ne jamais en sortir. Peur des nouvelles responsabilités ou des nouveautés dans une routine qui me correspond. Peur d’oublier des choses et quelquefois, peur de me souvenir.


C’est fou comme j’ai peur et ce n’est là que la pointe de l’iceberg parce que, en bas, tout en bas… c’est encore pire!


Quand les gens de mon entourage me disent de me calmer ou de cesser de m’en faire sur-le-champ, je n’y arrive tout simplement pas. Alors, j’ai peur de perdre ceux que j’aime par leur belle ou leur moins belle mort. J’ai peur de perdre ceux que j’aime par rejet ou abandon.


J’ai peur des insectes qui se logent un peu partout ou qui pourraient se loger un peu partout. Peur de voir une araignée descendre sa toile devant mes yeux lorsque je conduis mon véhicule. Peur de me perdre (oui, c’est déjà arrivé, même avec un GPS!). J’ai peur aussi de passer pour une véritable folle puisque la plupart du temps, dans ma vie, je me suis moi-même considérée comme telle!


Peur des serpents, de tout ce qui rampe! Peur des bêtes, des plus petites aux plus grosses. Peur des humains et peur de moi, car j’ai tellement peur de tout que je suis imprévisible, vraiment.


Certaines peurs peuvent se contrôler. D’autres, non. Certaines peurs ont mis du temps à être domestiquées, d’autres… je n’y arrive tout simplement pas. Certaines peurs subsistent, d’autres m’ont déjà quittée. Certaines peurs disparaissent pour de bon quand d’autres apparaissent, sorties de nulle part!


Mais une chose est certaine, c’est que toutes ces inquiétudes m’ont toujours fait me sentir vivante. En fait, je ne saurais comment vivre sans elles! Et si je passe pour une névrosée, et bien soit! Faudrait, après tout, que j’apprenne finalement à m’en balancer!




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